27.09.2010
Ressusciter Spaak
La destination de mon année erasmus n'est pas très exotique, certes. Néanmoins, une compensation certaine est le contexte politique interne dans lequel je la passe : non seulement la Belgique est présidente du Conseil de l'Union pour la douxième fois, mais elle l'est en temps de crise politique interne, de crise économique et financière, et de crise identitaire européenne. La Belgique est en ce moment malade du problème que l'Union Européenne entend pourtant éliminer : le nationalisme. Depuis cent jours, les socialistes, menés par Elio di Rupo, et le parti Flamand nationaliste, la N-VA, travaillent à la grande réforme de l'État. Aucun gouvernement n'est actuellement formé. Pas terrible question crédibilité politique, alors qu'habituellement, le petit pays est précédé par sa réputation : bien rôdés à l'architecture institutionnelle, formés en interne à la culture du compromis, les diplomates Belges savent profiter de ces présidences, qui n'arrivent désormais que tous les treize ans et demi, pour faire avancer les dossiers les plus épineux. Mais l'Europe est en ce moment "à l'agonie" (Kupchan, Courrier International de Septembre 2010). Croire que les Belges arriveront à refaire partir la machine européenne, ne serait-ce pas comme dire qu'un lépreux soigne un cancéreux ?
L'espace public européen existe peut-être, mais il n'est occupé que par les eurosceptiques. L'europessimisme est de rigueur, comme en témoigne le dernier eurobaromètre de Septembre 2010 : seulement 49% des citoyens européens considèrent l'appartenance de leur pays à l'Union comme un plus-value. C'est juste le seuil le plus bas atteint depuis le dernier élargissement, mais à part ça, il ne faut pas s'inquiéter...
L'Europe ne fait plus rêver. On se replie partout sur le populisme de droite, qui se résume à prendre le parti du peuple contre les élites intellectuelles. La liste des désastres politiques est tristement longue : Hongrie avec le parti xénophobe Jobbik ; Pays-Bas ; Suède ; France, avec la politique "migratoire" de Sarkozy, qui a décidé d'outrepasser le droit de l'Union aussi bien que le droit international public, pas mal pour un avocat soit dit en passant... Tout cela fleure mauvais les années 30. L'histoire risquerait-elle de se répéter ?
Pour rappel, les Nazis s'étaient emparés de l'idée d'Europe pendant la seconde Guerre Mondiale.
Actuellement, seuls les membres du N-VA sont clairement favorables à l'Union. Sauf qu'ils jouent sur l'effet désintégrateur de l'intégration européenne en voulant faire sauter le niveau intermédiare Belge. Plus précisément, ils sont favorables à une intégration directe de la Flandre comme nouvel état membre de l'UE.
Youpeeee.
Jusqu'où irons-nous dans les catastrophes ? Comment réagir pour redonner l'envie d'Europe ? La structure juridique de l'Union est figée par les traités, on n'imagine difficilement l'initiative d'une révision permettant la tenue d'élections partisanes au Parlement Européen. Pourtant, ce serait sans doute le meilleur moyen de donner une consistance à l'espace public européen.Il n'existe pas non plus de média européen à proprement parler. Euronews ne fait référence que pour une minorité.
Alors, faut-il s'en remettre à la Belgique, qui, si actuellement incapable de régler ses problèmes internes, pourrait se révéler l'acteur le plus compétent pour faire face à cette crise multifacettes ? Et ce précisément parce qu'elle souffre précisément des mêmes symptomes que l'Union ?
Qui pourra ressusciter P.H. Spaak ?
(réflexion alimentée par le cours de Me Duchenne)
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La Taverne Belge
Pfffffiouuuuuuu... Cette semaine, j'ai appris la Belgique estudiantine.
Plutôt que de nommer mon expérience "l'auberge espagnole", j'ai pensé que "la Taverne Belge" était tout aussi efficace, expression concise et bavarde en même temps. Pour exemple, le bizutage consiste ici à se faire lancer en public, de façon acharnée, des bières à la figure. Voyez comme j'ai bien choisi mes mots.
Première semaine donc. Cours, et surtout rencontres.
Question cours, je n'ai pas été déçue : l'enseignement est aussi bon et stimulant que ce que l'on m'avait "vendu". Les Belges savent parler d'Europe mieux que quiconque, et pour cause, la Belgique est le centre stratégique et intellectuel de l'Europe. J'y reviendrai...
Question rencontres, je n'ai pas non plus été déçue. Je vais finir par abandonner mon pessimisme, cette mauvaise habitude de toujours espérer le meilleur mais de m'attendre au pire. Je vis le cliché ERASMUS dans toute sa splendeur, je me laisse porter par le fantasme... Et pour une fois, je n'ai pas honte de dire que j'aime les clichés. Mais rentrons dans le factuel au lieu de décrire des sentiments que moi seule peut comprendre.
L'avantage de suivre des cours de master quand on est seulement au niveau licence trois (ou BAC 3 comme ils disent ici), c'est que je suis (de loin) la plus jeune, et que je profite de l'expérience de mes aînés. A savoir que la moyenne d'âge de mon amphi est de 23 ans, et que certains ont même vingt-huit ans, un boulot dans une ambassade et des projets de mariage d'ici quatre ans maximum. La diversité est vraiment ce qui domine, d'autant plus que les continents se côtoient dans une salle de 30m2 18 heures par semaine. Espagnols, italiens, mexicains, grecs, japonais, américains... Et les inévitables français qui aiment de plus en plus à s'expatrier chez les voisins Belges. Deux raisons à cela, soit la qualité de l'enseignement : c'est mon cas. Soit la relative facilité des études de médecine.
Mercredi
C'est drôle comme les rencontres hasardeuses créent des liens finalement inévitables...
Illustration : La semaine dernière, j'ai aidé une Italienne rencontrée dans la rue à porter ses valises jusqu'à sa chambre. Il se trouve que j'allais au même endroit qu'elle... Je ne la connaissais ni d'Eve ni d'Adam, et pourtant, le fait d'être toutes les deux face à l'inconnu nous a permis de faire face aux inconnues que nous étions l'une pour l'autre avec un naturel surprenant. Après un échange de numéros de GSM et de facebook s'imposant, j'ai fait face à une amère déception : ma chère G. n'était pas joignable. Mais cette semaine, je l'ai retrouvée comme par miracle en cours de droit matériel de l'UE ! Peut-on croire au hasard après ça ? Peut-on ne pas croire aux bonnes étoiles, au destin ? Quoiqu'il advienne de ma relation avec cette personne qui demeure une inconnue, j'aurais au moins eu la possibilité d'en faire une amie...
Jeudi soir
Tempête à Louvain-la-Neuve : pluie torrentielle, nous sommes cernés par les éclairs. Je porte un Panama. Pas terrible question adaption au climat. On se réfugie à quatre, espagnole, grec, mexicain et française au ciné voir "Des hommes et des Dieux". Verdict : le cinéma français laisse les étrangers, au mieux dubitatif, au pire froid. Je rentre chez moi, la peur au ventre d'être foudroyée côtoie la joie d'avoir passé une bonne soirée, inattendue.
Vendredi soir
La première semaine d'une nouvelle année, se faire des amis est une "nécessité". Mais quel plaisir de découvrir les autres, de poser dix-fois la même question parce qu'on a déjà eu dix réponses différentes de dix personnes différentes, d'oublier voire de confondre les prénoms (ce qui donne lieu à la pratique rigolote ou personne ne "s'appelle")... Avoir des grecs, des espagnols, des mexicains s'exprimant tous en Français plus ou moins maîtrisé peut donner lieu aux situations les plus comiques. J'étais dans un bar Vendredi Soir en compagnie de G. l'Espagnole et E. le Grec. Pas tellement fan d'alcool, je commande une bière pour trois. La bière trônant sur la table, G. dit quelque chose. E. et moi-même, nous comprenons "ensemble !!", d'où la ruée synchro sur les pailles. Sauf que G. nous coupe dans notre enthousiasme en hurlant "non !!!". Fou rire général, personne ne comprend trop ce qui se passe. Elle voulait dire "cela ressemble à un cocktail"...
Je me rends compte qu'il faut aussi sortir dans la ville pour sortir de soi-même. On se créée des souvenirs communs, des habitudes, on se dit avec une joie intérieure que c'est juste le début, et que pourtant, c'est déjà beaucoup. Beaucoup de rires, d'expressions sacralisées ("Caliente")... et d'autres à venir.
Samedi :
Direction Bruxelles avec G. l'Espagnole. Elle désespère de ne pas réussir à s'exprimer comme elle le voudrait, elle qui est si bavarde dans sa langue natale. D'où l'utilisation massive du bloc note pendant l'heure de voyage qui nous sépare de la capitale. On note tout et n'importe quoi. Cela me semble juste normal, cela lui semble beaucoup. "Eres muy maja", elle me dit. Je vais parler Espagnol avant la fin de l'année, c'est sûr.
Déambulations dans la ville, dégustation d'une fausse galette bretonne dans un restaurant honteux où l'on écrit "Camenbert" et non pas "Camembert". Je pense me reconvertir dans le business pour remédier à cette méprise.
Dégustation d'un chocolat chaud chez WITTAMER. La vie semble plus belle, je suis euphorique. Incorrigible Française...
Sans transition jusqu'au DELIRIUM, le bar à bières de la ville, à côté de la Galerie Saint Hubert. Trois niveaux, bondé à n'importe quelle heure de la journée, peu de lumière, beaucoup de bruits. Des centaines d'emblêmes de bières recouvrent le plafond. Dans ce décor pourtant typique, je rencontre une Rennaise. Elle me conseille la bière à la framboise. Verdict : "truc de nana" mais c'est bon !
Dehors, il fait froid, il pleut... Je claque des dents, j'ai mal à la tête, je me prépare à la perspective de passer le Dimanche au lit... C'est sans compter sur la générosité d'un homme du Sud qui se propose de façon tout à fait sacrificielle de me réchauffer. Que faire ? La nécessité de ne pas mourir congelée un 25 Septembre (!) me font accepter. On se prépare à tout, mais pas à débuter des ambryons de relations le premier week-end, si ? Là, je ne peux m'empêcher d'être prise au dépourvu. Je pense à Romain Duris dans les Poupées Russes "C'est quoi ce bordel avec l'amour là? (...) quand t'es seul tu te plains : est-ce que je vais trouver quelqu'un. Quand t'as quelqu'un : est-ce que c'est la bonne ?" Le destin s'acharne pour que je cède aux avances de Alejandro : nous sommes sur la Grand Place, "le plus beau théâtre du monde" dixit Cocteau. Il fait nuit, un jeu de lumières magnifie tout ce sur quoi je pose les yeux. Maxime le Forestier chante "C'est une maison bleue"... Peut-on objectivement rester de marbre dans un contexte comme cela, malgré une volonté farouche de repousser tout ce qui est poilu, qui a une voix grave, et qui porte un truc long entre les jambes i.e un homme ?
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Dimanche
Même pas malade. C'est la bonne étoile qui a agit. J'essaye de bosser... Mon cerveau a l'air de penser que c'est beaucoup plus passionnant de passer des heures à imaginer ce que va me réserver la semaine à venir plutôt que de méditer sur la présidence belge de l'UE. RRRrrrrrrrrrr...
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20.09.2010
Journée de rentrée à l'UCL
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Le moment tant attendu est arrivé : Lundi 20 Septembre 2010, rentrée pour moi et 20,000 autres étudiants à l'UCL (Université Catholique de Louvain). La fourmillière estudiantine est à nouveau en marche, et je compte bien me mette au boulot comme tout le monde.
Je mets les pieds dehors à 11 heures du matin. Surprise : l'été est revenu, et ça sent bon l'herbe coupée. J'ai chaud alors que je ne porte qu'un tee-shirt et un gilet. Et là, je ne peux m' empêcher de me dire que l'ironie de la vie s'est encore manifestée : vous avez remarqué comme il fait toujours beau quand c'est la rentrée, les exams, et que pouf, quand on pourrait enfin dire "carpe diem, je suis libre", on se doit de le faire sous la pluie ? Bref, je ne vais pas gâcher cette belle journée par mes remarques maussades et stériles.
Je me dirige vers la Grand Place où doit se tenir toute une journée d'information pour les nouveaux étudiants dont je fais partie. Avec environ 5000 autres personnes, à vue de nez ! C'est impressionnant tout ce monde qui se balade avec son sac cartonné portant l'inscription "UCL" en bleu foncé. La musique est forte, genre "rentrée = reprise de la GUINDAILLE", belgicisme signifiant réunion festive estudiantine dont l'occupation centrale est l'ingurgitation de la plus grande quantité de bière possible. Beuverie, quoi. Les étudiants Belges ont d'ailleurs mis en place depuis des décennies un système de titres honorifiques récompensant les plus grands buveurs de bière CUL SEC. On peut ainsi devenir, oh gloire, Roi des Bleus ou Reine des bleuettes, en rapport avec la couleur bleu de méthylène utilisée pour les baptêmes des nouveaux étudiants dans certaines facs. Ceux ayant réussi à conquérir ce privilège se baladent d'ailleurs avec une toque ou calotte décorée de pin's, afin d'être bien reconnaissable et respecté partout...
Bon, ça y est, je suis dedans, dans le cliché si agréable à vivre au moins une fois dans sa vie : le campus version anglosaxonne.
Mais dans la trentaine de minutes qui va suivre, je vais subir deux amères déceptions. Je décide de faire la queue comme tout le monde pour récupérer mon chouette sac, promesse d'une année organisée et bien remplie. Sauf que, une fois arrivée devant le stand, j'apprends avec joie qu'ils ne sont destinés que aux premières années. Et je fais partie des élèves libres, donc même si je suis nouvelle, je n'ai rien. Super. Je m'esquive de là avec mon plus beau sourire et une blagounette. Je fais face.
Mon deuxième but de la journée est d'aller au service des sports de l'UCL. Je veux faire du yoga et de la gym, mais en tant qu'élève libre, je n'ai pas le droit d'avoir la carte sport. C'est nul, car elle donne accès à tous les sports de la fac pour seulement 45 euros. Et en fait, j'apprends que les gens dans mon cas n'ont pas le droit du tout de faire du sport avec l'UCL. On a juste le "choix" de devenir gros et de mourir d'une crise cardiaque ou de diabète. Sympa... Pourtant, j'ai payé 400 euros de plus que les autres pour mes frais d'inscription. C'est pas si beau que ça finalement...
Enfin bon, j'ai toujours l'option de surmonter ma phobie de la danse et de m'inscrire au cours de rock pour débutants organisés par le KOT DANSE.
Ah oui, les KOTS, qu'est-ce que c'est ? Ce sont les logements universitaires en Belgique (inutile de préciser que je n'y ai pas eu droit non plus), et certains sont des KOTS à prokets euh projets, ou KAP's c'est à dire qu'ils organisent pleins de manifestations, d'activités. En contrepartie, les logements sont moins chers, car tout cela est "sponsorisé" par l'administration. Il existe par exemple le kot théâtre, danse, KAP hilarité, KAP Europe, KAP droits de l'homme, cirque, AKAPELLA. Bref, c'est sympa comme tout, et le système français ferait bien de s'en inspirer car avouons-le, la vie universitaire en France, c'est NUL.
Je suis donc rentrée un peu dépitée et seule, encore étrangère dans cette ville où je vis depuis deux semaines...
La suite au prochain épisode.
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